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foto Leyla Lenzi

 


 

GABER, IO E LE COSE

 

Maria Laura Baccarini et Régis Huby

 

Musique et txtes de Giorgio Gaber et Sandro Luporini/ arrangements Régis Huby: sur une idée de Elena Torre et Maria Laura Baccarini (chant)/Régis Huby (violon ténor électro-acoustique-violon électrique et acoustiques- effets) / Abalone Association – Casa degli Alfieri.

 

Présentation

 

Si se faire entendre aujourd’hui a un sens, c’est pour raconter notre présent et les raisons qui nous ont amenés à être ce que nous sommes. Il y a des auteurs qui continuent de nous parler de l’homme d’aujourd’hui, parce qu’ils ont fait de lui une analyse si profonde et universelle que, non sans quelque inquiétude, ils nous montrent que notre évolution est en fin de compte une illusion.

Peut-être parce que l’homme ne change pas?

Peut-être l’homme n’écoute-t-il pas ses prophètes et cultive ses fragilités, ses propres limites, ses propres aberrations.

Giorgio Gaber et Sandro Luporini on consacré trente ans de leur vie à ce passionnant voyage dans l’être humain, observant chaque infime déplacement de son coeur, tous ses stupéfiants masochismes, sans cependant perdre confiance en l’homme et scrutant l’infini potentiel de beauté et de poésie de la vie.

Je me sers de leurs mots, si forts, si évocateurs, intelligents, subtils, émouvants, poétiques et urgents;

Je me sers d’eux pour raconter l’homme et la femme d’aujourd’hui et de toujours, qui font les comptes avec le présent et se mettent en discussion à propos de tout. Lui, il ne pointe pas un doigt accusateur sur les responsables mais s’inclut dans le jeu, se salissant les mains dans la vie.

 

Maria Laura Baccarini

 

gaber

foto Raffaella Cavalieri

Pour la joie des passionnés de Gaber-Luporini, “Gaber, io e le cose” contient les pierres miliaires de leur très vaste répertoire comme Il Dilemma, Verso il terzo millenio, l’impotenza, Io e le cose; des extraits de Gaber en prose tirés de Il Dio bambino et de Il Grigio, de même que de L’Ingenuo ou Mi fa male il mondo; des chansons plus théâtrales, l’uomo muore et Guardatemi bene, l’analyse sociale de Polli d’allevamento et la Massa, la douceur de L’illogica allegria, l’utopie de Il luogo del pensiero, l’introspection de Cerco un gesto naturale et l’immanquable testament de Gaber: Non insegnate ai bambini.

 

Gaber io e le cosefoto Maud Subert

 

Il CD de “Gaber, io e le cose”, sorti en france et en Europe le 5 décembre 2015, fait partie du catalogue nourri et éclectique de la maison de disques Abalone Productions.

 

Gaber e l’Europa

Le spectacle “Gaber, io e le cose” a déjà une longue histoire.

IL naît au festival Asti Teatro en 2011.

Il s’agit d’un projet courageux, personnel, original, mais surtout qui vit miraculeusement une très belle aventure européenne.

 

Sans même le support de sous-titres, avec une introduction en français ou en anglais avant le spectacle, Maria Laura Baccarini et Régis Huby rendent les textes de Gaber et Luporini accessibles au coeur et à l’instinct des hommes de cultures et de langues diverses. La force expressive de la langue italienne, la puissante théâtralité qu’exige le repertoire de celui qui l’interprète, font vivre la “parole” de manière différente et compréhensible même à des cultures si distantes des racines latines.

Après Asti ce fut Milan, à l’occasion de la rétrospective Milano per Giorgio Gaber, deux semaines au Teatro Stabile d’Innovazione, puis un concert pour les dix ans de la mort de Gaber, organisé par la fondation Giorgio Gaber; ensuite ce furent d’autres représentations, lors d’une tournée en Italie et en France, de nombreux concerts à Paris, et la sortie d’un disque (décembre 2015) accueilli avec grand enthousiasme par la presse de jazz française. Lors de la saison 2016 le spectacle arrive au théâtre Piccolo Eliseo di Roma pour partir ensuite dans une aventure en Europe du Nord.

Les 27, 28 et 29 mai 2016, Maria Laura Baccarini a conçu un festival dédié à Gaber à Paris: “Le Signor G à Paris”, avec l’association culturelle franco-italienne: les Ateliers de Cribeau: un premier événement “Hommage à Giorgio Gaber” en présence de l’acteur Neri Marcoré, suivi de “Gaber, io e le cose” avec Maria Laura Baccarini et Régis Huby qui s’est conclu par une troisième journée: “Finalmente Giorgio Gaber”; une conférence-happening-spectacle qui a reparcouru le chemin suivi par Gaber au théâtre Canzone, découvrant par là de forts éléments d’inspiration liés à la culture française: avec M.L. Baccarini, le chanteur-auteur-interprète Pacifico et Cristina Marocco. Une fois encore le public français a répondu avec beaucoup d’enthousiasme à l’oeuvre de Gaber.

Citons un très bel article de Franck Bergerot (Jazz Magazine)

La lumière change, le spectacle commence, Maria Laura Baccarini change de peau, d’un simple battement de paupière prend la distance d’avec son public, quitte la convivialité de cette efficace présentation et devient une bête de scène que plus rien ne peut distraire de son texte, tantôt parlé, tantôt chanté, de ces morceaux d’humanité comiques, bouleversants, colériques, attendris, grotesques, inquiets… À l’arrière-plan, de coups d’archet en pizzicati, tenant le plus souvent son violon comme une mandoline dont il tire soudain des sonorités de guitare électrique, Régis Huby “allume un projecteur”, puis un autre, éteint le premier, fait descendre un voile de tulle, redessine le fond de scène, envoie un peu de fumigène, réajustant constamment la profondeur de champ de la voix, metteur en scène plus encore qu’arrangeur, ce qu’il est finalement toujours plus ou moins dans chaque formation où il est impliqué, le tout avec ses seuls violons, mais aussi une multitude de pédales grâce auxquelles il pilote les différents strates de sa dramaturgie polyphonique.

( F.Bergerot – Jazz Magazine )

IMG_5865modcréditWEEBfoto Maud Subert
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Notes de Elena Torre

Le concert/spectacle Gaber, io e les cose est un voyage dans l’oeuvre et la pensée de Gaber/Luporini. Après la disparition de Gaber, il nous reste un grand vide dans la pensée mais aussi un grand héritage pour la réflexion.

Les concepts éternels qu’ils ont étudiés, proposés et décortiqués pendant tant d’années de confrontation nous ont offert des pages d’authentique poésie de l’existence; et Gaber/Luporini, “qui ont vécu toute leur vie dans la certitude absolue du doute”, en sont les interprètes et les vecteurs, de vrais poètes du social.

On parle souvent de l’extrême actualité des textes de leurs chansons et des monologues et on leur confère une aura prophétique.

Ce qu’en réalité ils ont été capables de faire est de lire attentivement la réalité dans laquelle ils étaient immergés, observer de manière quasi spasmodique “chaque infime déplacement du coeur”, rapportant tout à sa plus profonde dimension intime.

C’est avec une semblable approche que Maria Laura Baccarini et Régis Huby ont affronté les textes qui sont proposés dans le spectacle, un programme ambitieux et complexe, qui entraîne le spectateur dans un univers d’émotions variées.

L’universalité qui imprègne chaque phrase, chaque strophe nous projette dans une réalité qui ne peut ne pas être partagée.

La perfection de la prose, l’exactitude des monologues et des chansons sont amplifiés par les choix d’interprétation de Baccarini et la magistrale partition musicale de Régis Huby.

Le parcours suggéré par le programme voit alterner des monologues et des chansons comme dans le style du théâtre chanté; sont proposés des extraits tirés de spectacles théâtraux de Gaber/Luporini, comme Il dio Bambino et il caso di Alessandro et Maria, ou bien c’est la prose qui est mise en musique comme dans l’Uomo muore.
Un nouveau voyage que Maria Laura et moi-même avons voulu proposer pour faire apparaître le caractère fortement universel des oeuvres, qui partent de l’homme comme individu, à travers l’étude de ses rapports avec la famille et l’état; les liens avec soi-même et les choses, les relations avec l’autre sexe et l’amour qui suggèrent une possible évolution de la conscience.

Le choix scénique minimaliste donne une plus grande dimension aux paroles, qui s’appuient sur une texture musicale parfaite, rendant les émotions si tangibles qu’elles semblent matière.

C’est justement l’universalité contenue dans ce précieux spectacle qui nous a décidés à le représenter aussi de l’autre côté des Alpes, dans ce pays vers lequel Gaber et Luporini avaient souvent tourné leurs regards, mais avec lequel, peut-être par peur de la barrière linguistique, ils avaient ajourné le rendez-vous..

 

Nombreuses sont les sources d’inspiration puisées à la tradition française, de la traduction des “ Bourgeois” de Brel devenue sur un texte différent “I Borghesi”, jusqu’à l’ironie désacralisante de Céline; et puis Brassens et Bécaud qui les premiers avaient porté sur scène des chansons traitant des moeurs et de la chronique sociale.

( Elena Torre )

© Rene Jakobson / renejakobson@hotmail.com

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