Marie Stuart de Dacia Maraini

Lecture scénique avec Maria Laura Baccarini et Crescenza Guarnieri

Mise en scène: Crescenza Guarnieri

 

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“Bien que la pièce porte le nom d’une femme dans le célèbre texte de Schiller, les femmes sont peu représentées. Alors j’ai eu l’idée de bouleverser toute l’histoire, en multipliant les rôles féminins, pour décrire le rapport entre femmes et leur diverses attitudes face au pouvoir” (Dacia Maraini)

 

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Maria Laura Baccarini : Elisabetta/Kennedy ( photo Jérôme Prébois )

IMG_8029_HiRes         Crescenza Guarnieri : Maria/Nanny  ( photo Massimo Lapertosa )

Marie Stuart, Elisabeth I: l’histoire avec un grand H, qui les élève, les précipite et les oblige à abandonner leur être “féminin” ou le vivre comme une entrave”.

 

Ce qui nous a fascinées c’est l’univers si réel, pur, sensoriel que Dacia Maraini a magistralement créé dans cette pièce. C’est la possibilité d’explorer la “femme” dans une société masculine, la “femme” et le pouvoir, la femme” et l’amour, et tout ce à quoi elle est obligée de renoncer malgré elle, comme si être “femme”, être “féminine” était en totale contradiction avec la lucidité et la ruse. Il se peut que les sentiments soient un obstacle au calcul rationnel, à la stratégie..

Mais la femme est aussi autre chose: instinct, conscience, force nourrie et consacrée par sa propre fragilité, élan dynamique de l’intellect, intuition.

Et le corps?

 

RPH241668 Mary Stuart (1542-87) (oil on panel) by Clouet, Francois (c.1510-72); Private Collection; (add. info.: Mary I, Queen of Scots; daughter of James V of Scotland and Mary of Guise); © Richard Philp, London; French, out of copyright

 

Le corps qui vit la maturation naturelle de l’âge, n’est même plus regardé dans le miroir. Il n’est que ressenti. Mais voici qu’émerge le monde intérieur de deux reines aux antipodes et dans le même temps si proches, l’une en face de l’autre, se traversant sans jamais se rencontrer.

Dacia Maraini nous le jette au visage le corps de ces deux femmes, défait, humilié, usé, suffoqué, contraint, palpitant.

La clef de cette rencontre, les yeux fermés, est dans le paradoxe: Marie et Elisabeth sont des âmes soeurs, aussi distantes que fusionnelles.

Le texte est d’une force extraordinaire, il suffit de s’y fier, de s’y abandonner pour en éprouver la chair, le sang, les muscles, les odeurs, les humeurs, les sens tendus à l’extrême.

Dans le texte, qui “multiplie les rôles féminins”, comme le dit Dacia Maraini, nous trouvons Elisabeth et sa chambrière, Marie sa dame de compagnie, lesquelles en se confrontant, s’affrontant, s’aimant et se soutenant mutuellement, mettent à jour les doutes et les questions que toute femme porte en soi.