Lambert Wilson présente Nuit Américaine, un nouveau spectacle, un « concert » préfère-t’il dire, mis en lumière par François Austerlitz, dirigé et arrangé par Régis Huby, avec des musiciens riches d’expériences multiples aussi bien dans le monde de la musique classique, contemporaine ou improvisée, et les chanteuses Maria-Laura Baccarini, qui vient de jouer Roxy Hart dans Chicago en Italie ainsi que Stephy Haïk, une jeune chanteuse de jazz qui partage son temps entre Paris et New York. Ce concert tisse le lien entre les grands compositeurs américains dits classiques du XXème siècle tels Ned Rorem, Aaron Copland, Charles Ives, Samuel Barber et Kurt Weill (qui, dans sa période américaine, s’est rapproché de la comédie musicale), ou Leonard Bernstein et Georges Gershwin et ceux de la comédie musicale avec Cole Porter, Rodgers & Hart et John Kander.

WILSON

Pour Lambert Wilson, le partage de la musique est important, l’interaction entre les musiciens, les chanteurs, liés par la même « pulsation » dit-il. J’aime me retrouver avec des musiciens sur scène, j’ai été élevé dans la musique, j’aimais chanter dans les chorales cela me donnait une impression de solidarité, terme plus juste en anglais dans « togetherness ». Quand j’étais enfant, mon père réunissait des musiciens à la maison pour répéter, élaborer. Chanter pour moi n’est pas une sensation très différente du métier d’acteur, le travail sur une mélodie lyrique se rapproche du travail de l’acteur, on utilise la poésie des mots et celle de la musique, comme l’acteur utilise son texte.
Lambert Wilson a joué A Little Night Music de Stephen Sondheim à Londres en 1996: J‘ai été sur scène pendant 9 mois, avec des comédiens extraordinaires, des légendes, comme Judy Dench. Ce fut une expérience formatrice pour moi, tant le professionnalisme anglais vous pousse dans vos extrêmes limites, comme un grand sportif et vous apporte de la solidité technique.
Il est de plus en plus attiré par des musiques qui doivent Ítre chantées par des acteurs. Déjà, dans ses spectacles Lambert Wilson chante en 1991, puis Démons et Merveilles en 1997, il faisait le choix de s’éloigner des musiques classiques écrites pour des Barytons. J’avais envie de m’exprimer comme un acteur, en chantant. La musique mozartienne par exemple me faisait peur, alors que les chansons écrites pour des acteurs, que ce soit des comédies musicales ou des chansons du cinéma français (Démons et Merveilles), me font mêler musique, chant et jeu d’acteur.

Lambert Wilson confie: plus je découvre certaines musiques américaines, plus elles m’attirent. C’est le cas pour Bernstein, qui est fidèle à la tradition de la comédie musicale et y mêle le jazz, la chanson populaire, c’est ainsi qu’il y a dans le concert des extraits de On the Town, de Wonderful Town ou de Candide, moins connus du public français que West Side Story. Pour Ned Rorem, formidable mélodiste, chanter de tels bijoux musicaux est un véritable plaisir. Tout comme My Funny Valentine qui est tirée de Babes in Arms de Rodgers & Hart, un standard à elle toute seule.
Nuit Américaine est une aventure complexe qui se prépare depuis très longtemps car le choix des musiques s’est fait sur des centaines de titres, des heures d’écoute et de partage avec Régis Huby.

En mêlant la comédie musicale dont il dit que « ce n’est pas une forme musicale séparé du reste du monde musical » et la musique classique américaine, Lambert Wilson fait tomber certaines frontières qui, de toute évidence, sont trop souvent établies.